La fabrique de poupées – Elizabeth Macneal

« La liberté est une chose précieuse Londres, 1850. L’Exposition universelle va bientôt ouvrir ses portes dans le tout nouveau Crystal Palace, et les badauds se pressent pour venir admirer cette merveille. Parmi eux, Iris, modeste employée dans un magasin de poupées, à la beauté mâtinée de difformité, qui rêve de devenir artiste peintre. Et puis il y a Silas, taxidermiste amateur de macabre et de curiosités, désireux d’y exposer ses créatures. Ces deux-là se croisent, et leurs destins en seront à jamais bouleversés. Iris accepte bientôt de poser pour Louis Frost, un jeune peintre préraphaélite. Avec lui, le champ des possibles s’élargit, et le modèle, avide de liberté, découvre peu à peu l’art et l’amour. Mais c’est compter sans Silas, qui rôde non loin de là, tapi dans l’ombre, et n’a qu’une idée : faire sienne celle qui occupe toutes ses pensées, jusqu’à l’obsession… »


Sorti il y a quelques mois, j’ai vu ce livre partout sur Instagram, mais c’est son résumé qui m’a attiré. Une histoire torturée, sombre, qui pourrait éventuellement basculer dans le policier. Pas du tout fan de ce genre, je me suis dit que c’était quand même l’occasion parfaite pour moi de sortir de ma zone de confort mais pas au point d’en faire des cauchemars (oui, je suis une petite nature). Pari gagné !

Le cadre et l’intrigue sont extrêmement bien narrés, même si j’ai eu plus de mal à accrocher avec les personnages que j’ai trouvé creux à certains moments. Le cadre: Londres, milieu du XIXème siècle, l’Exposition Universelle, fin de la Révolution Industrielle, courant préraphaélite dans la peinture. Ces éléments forment un paysage narratif riche, où le lecteur se laisse happer avec plaisir. De nombreux détails viennent agrémenter l’histoire, qu’il s’agisse de sons, d’odeurs, ou encore du toucher, le décor ne semble pas être fait de toc. Je me suis souvient d’un passage où Iris touche un pinceau et où la description est très bien faite, sans être lourde. La peinture est importante tout au long du roman, et cette atmosphère un peu feutrée, accessible seulement aux initiés devient un lien entre Iris et Louis. Ce n’est pas seulement un moyen d’expression, c’est un art qu’il faut maîtriser et qui demande beaucoup d’entraînement, en plus de notions précises à connaître.

Tout au long de l’intrigue, c’est ce monde qu’Iris va découvrir, elle va même finir par y prendre part, mais à quel prix ? Les femmes ne sont pas libres à cette époque, corsetées par une morale rigide qui veille au moindre faux pas. Ce qui m’a particulièrement intéressée dans ce livre, c’est l’évolution entre le début et la fin, jusqu’où le personnage principal a pu aller. En s’extirpant d’une situation à la limite du supportable, en bravant la désapprobation de ses parents, Iris a pu se tourner vers ce qu’elle rêvait de faire. Y réussira-t-elle vraiment ? C’est la question qui m’a accompagnée tout au long de ce roman, tant les obstacles devant elle semblaient importants, à commencer par le groupe qu’elle fréquente. Aux côtés d’Iris, le lecteur suit aussi Albie, un gamin des rues, Louis, un peintre et Silas, un taxidermiste. Ces quatre-là sont reliés par des fils invisibles et si l’un casse, tous risquent d’être entraînés. Tout au long du récit, l’atmosphère change subtilement jusqu’à que le lecteur se surprenne à retenir sa respiration. Ce n’est pas tant de la tension qu’une sensation accrue de malaise, que quelque chose de malsain et sombre se prépare, brutalement renforcé par le côté calme de la peinture. Et plus les pages défilent, plus les craintes d’Albie et Iris se confirment: quelque chose ne tourne pas rond chez Silas.

Un roman qui met mal à l’aise, qui confronte à la folie dangereuse et cruelle. Mais un récit agréable, qui donne envie de savoir le fin mot de l’histoire, malgré les personnages parfois plats. Une lecture addictive !

Allons donc ! Tu te prends pour un cheval de Troie, alors que tu n’es qu’un cheval à bascule dont se gaussent les critiques.

Rossetti, La fabrique de poupées

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