La fille de la supérette – Sayaka Murata

« Trente-six ans et célibataire, Keiko travaille comme vendeuse dans un konbini, ces supérettes japonaises ouvertes 24 h/24. Elle n’envisage pas de quitter ce petit univers rassurant, au grand dam de son entourage qui désespère de la voir un jour fonder une famille. Son existence bascule à l’arrivée d’un nouvel employé, Shiraha, lui aussi célibataire. »


Couverture trop mignonne, comment ne pas craquer ? C’était l’argument parfait pour me tourner vers ce livre, en quête d’un peu de légèreté. Ça et mon envie de sortir des livres francophones ou anglophones que je lis majoritairement.

Très court, ce roman fait à peine 150 pages, mais il transporte le lecteur dans un paysage singulier. Ce n’est pas tant le Japon qui est dépeint que les konbinis, ces petites supérettes ouvertes 24h/24. Pour moi qui n’en avais jamais entendu parler, ça a été une découverte intéressante, dont le fonctionnement est décrit dans les moindres détails. Furukara, alias Keiko, incarna la mécanique corporelle et industrielle d’un de ces konbinis. Employée depuis plus de 18 ans, elle est le seul élément « d’origine » de la supérette, elle a tout vu, tout traversé, depuis le premier jour d’ouverture. Malgré l’image un peu tristounette qu’elle renvoie, Furukara est une vendeuse épanouie et elle se plaît dans son travail. Son quotidien est rythmé par les tâches à effectuer au konbini, son esprit toujours branché sur le canal du magasin, comme une antenne. Elle se sent normale et à l’aise dans sa supérette, dans ce monde connu et rassurant.

C’est un véritable choc quand elle rentre chez elle, une différence explosive entre sa bulle intérieure et le monde extérieur. Il y a une vraie inquiétude de son entourage qui s’exprime avec dureté: pourquoi est-elle toujours célibataire à 36 ans ? Pourquoi occupe-t-elle toujours un boulot d’étudiante ? Pourquoi n’a-t-elle jamais eu de relations amoureuses ? Loin de l’aider, ses proches ne font que l’enfoncer davantage. Elle se pose souvent la question de la nécessité d’avoir un mari, des enfants, puisqu’elle adore travailler au konbini, elle a ça dans le sang. Quand Shiraha arrive, les choses vont peut-être changer en faveur de Furukara. Peut-être va-t-elle enfin pouvoir remplir les attentes de la société, ce à quoi son rôle de femme la conditionne.

Le récit est très léger au premier abord, mais peut s’avérer philosophique si on se penche vraiment dessus, comme une critique douce-amère de la société japonaise actuelle. Ce n’est pas avec ce roman que le lecteur découvrira le Japon car très peu de scènes se déroulent à l’extérieur du konbini, même si certains traits sont caractéristiques de la culture nippones. Sans être comique, des soupçons d’humour parsèment le livre avec des côtés décalés.

C’est un beau livre surprise, qui brise les attentes beaucoup trop conventionnelles des lecteurs pour en faire un roman très agréable à lire.

Les gens perdent tout scrupule devant la singularité, convaincus qu’ils sont en droit d’exiger des explications.

Furukara, La fille de la supérette

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