La vraie vie – Adeline Dieudonné

« C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent. Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups, et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour. »


Depuis sa sortie à l’été 2018, ce livre me fait de l’œil. Les interventions de l’auteure dans la Grande Librairie et à la radio m’avaient beaucoup marquée à l’époque. Je me souviens avoir été captivée par sa façon d’expliquer le livre, d’en parler, comme si c’était un frère ou une sœur qui avait toujours été à côté d’elle, et non comme si elle l’avait écrit. Commencé dans l’après-midi, ce roman m’a tenue en haleine et je n’ai aucun souvenir de la journée. Quand j’ai relevé la tête, il était une heure du matin, il faisait nuit et le livre était fini. Déjà. Enfin. C’est un récit collant, pesant, captivant, presque malsain. Non, carrément malsain par moments. Mais écrit d’une façon si adroite, si belle, si juste qu’il est impossible de le reposer.

Septembre 2018, La Grande Librairie

Un frère et sa grande sœur, complices face à un père chasseur et une mère transparente, complices dans leurs jeux et leurs rêves, complices dans leurs petits rituels. Jusqu’au jour où une habitude quotidienne tourne à la catastrophe, et où Gilles, traumatisé, va prendre ses distances. Dès lors, un fossé les sépare, que la gamine ne sait pas comment combler. Elle assiste à la lente transformation de son frère, chaque jour un peu plus vide, un peu plus cruel, un peu plus seul. C’est pour lui redonner le sourire qu’elle se fixe le but de construire une machine à remonter le temps. En se plongeant dans les sciences, elle espère découvrir quelque chose qui pourra l’aider, elle qui en a tant besoin. C’est une passion qui va surgir, et qui, finalement, lui permettra de sortir de son quotidien étouffant. Mais le père ne voit pas sa quête d’indépendance d’un bon œil, et lui met autant de bâtons dans les roues que possible. Sa mère, passible, s’occupe de ses animaux plus que de ses enfants. Tout s’accélère quand Gilles montre un penchant pour la chasse et que son père décide de l’entraîner. Des rebondissements qui ne rendent que plus brutale la chute, pour qu’enfin, tous respirent.

Une écriture soignée, qui impose une cadence rapide au récit et qui donne le ton. C’est une gamine sérieuse qui ne se laisse pas impressionner par la vie et qui va observer le monde autour d’elle sans aucun filtre, avec de belles pointes d’humour noir. Une gamine qui part avec rien, mais qui ne baisse pas les bras pour autant, une gamine qui va s’entourer de tous les gens dont elle a besoin pour aller plus loin, plus haut, pour se donner une chance.

Un coup de cœur absolu, sans aucun bémol. À lire absolument !

Les garçons commençaient à courir après les filles, et les filles faisaient semblant d’être des femmes. Tout ce petit monde s’agitait, intégralement habité par le grand chantier hormonal. Chacun arborait la preuve de son entrée dans la puberté comme un trophée.

La vraie vie

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