La menteuse et la ville – Ayelet Gundar-Goshen

« Nymphea porte un nom de fleur mais son quotidien est loin d’être rose. A dix-sept ans, elle traîne ses complexes et souffre d’une vie insignifiante, où rien ne lui arrive jamais. En vendant des glaces pendant l’été, elle espère enfin sentir souffler le vent de l’aventure. Mais rien ne se passe… Jusqu’au jour où Avishaï Milner, chanteur populaire sur le retour, franchit le seuil de son échoppe. Pressé et méprisant, le play-boy déchu agresse verbalement Nymphea, puis la poursuit dans l’arrière-cour où elle s’est enfuie. Lorsqu’il la saisit par le bras, elle hurle et, l’instant d’après, toute la ville est là. En quelques secondes, la jeune fille récrit l’histoire, et Avishaï se retrouve en garde à vue pour tentative de viol sur mineure. Quant à la pseudo-victime, elle est propulsée au rang d’icône, Cendrillon en croisade contre les violences masculines. Pendant ce temps, une autre femme est elle aussi entraînée dans un mensonge dont elle ne mesure pas encore les retombées : Raymonde, vieille juive issue de l’immigration marocaine en Israël, prend l’identité de Rivka, sa meilleure amie, rescapée des camps… »


Aperçu un peu partout sur Instagram lors de la Rentrée Littéraire 2019, ce livre ne m’avait pas frappée malgré les critiques largement positives. La couverture beaucoup trop rose à mon goût m’avait rebutée. En le (re)découvrant dans les rayonnages de la BNU, je me suis surprise à le feuilleter et finalement… à l’emprunter. Comme quoi, il y a vraiment un temps pour chaque livre !

Même si ce livre n’est pas un coup de cœur à cause de certaines longueurs, il n’en reste pas moins une excellente lecture, d’autant plus durant ces journées de confinement. Une histoire qui m’a happée, non pas tellement pour le récit en lui-même, mais surtout pour l’écriture. Un régal à lire, plein d’humour et de belles phrases, qui retracent si justement la vie telle qu’on la voit à 17 ans. Ce don de capter les sentiments, le monde et les autres comme les adolescents est rarement aussi bien exprimé qu’ici. En retrouvant ces comportements j’ai ressenti une pointe de nostalgie et d’agacement. Comme ces attitudes paraissent puériles, une fois arrivé adulte, mais comme elles sont nécessaires quand on a cet âge-là ! En plus de dresser pour chaque personnage un portrait complexe et complet, Ayelet Gundar-Goshen utilise une langue vive, flexible, mouvante, changeante, qui donne beaucoup de relief au texte. Des expressions imagées, des tournures de phrases inattendues, des métaphores poétiques… Un récit qui se savoure. J’ai adoré la tournure mise dans la bouche de Léo, qui sonnait comme « il voulait croquer les abricots de son rire ». Tout le récit est à cette image !

Le déroulement de l’histoire est agréable, avec des nombreux retournements de situation, même si la chute est quelque peu prévisible. De nombreux personnages interviennent dans la narration, et changent souvent au début des chapitres. Il faut parfois plusieurs phrases avant de se rendre compte qu’un nouveau protagoniste a pris la parole, mais ce n’est jamais déstabilisant, j’ai trouvé que c’était au contraire d’une grande finesse. C’est dans ces petits changements de personnages qu’on voit tout le travail qui a été réalisé. Les thèmes abordés sont tous relatifs à l’adolescence et aux nouvelles sensations ressentie, à ce monde autour qui change quand on grandit, et au regard des autres, qu’il s’agisse de la famille ou d’inconnus. La relation entre Nymphea et sa sœur Maya est particulièrement bien abordée, entre non-dits, jalousie, grande complicité et amour.

En somme, un roman qui se distingue tout particulièrement par une écriture brillante et une intrigue à rebondissements. Adultes et adolescents se reconnaîtront dans ce récit des temps modernes, où un mot de trop (ou de moins) peut changer la donne.

La ville, allongée sur le dos, tombait dans les bras de Morphée, et telle une femme un peu fanée se réjouissait de pouvoir cacher ses rides dans le noir. Car il en va des métropoles d’âge mûr comme des femmes d’âge mûr: s’il est aisé de les aimer la nuit, la chose est bien plus difficile en plein jour.

La menteuse et la ville

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