Americanah – Chimamanda Ngozi Adichie

«En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire». Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique, qui compte bien la rejoindre. Mais comment rester soi lorsqu’on change de pays, et lorsque la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés ?


Lu pour l’université, cet ouvrage était pourtant dans ma PAL depuis plusieurs années (oui, ma PAL est énorme). Je l’ai commencé tout de suite, et même si j’ai mis un bon moment à terminer le roman, j’ai beaucoup apprécié ma lecture. Le thèmes abordés, les personnages, le développement de l’histoire… Autant de facettes qui enrichissent ce livre !

Publié en 2013, ce livre est loin d’être le premier de l’autrice, qui s’était déjà distinguée auparavant, aussi bien avec des romans qu’avec des nouvelles et essais. Née au Nigeria, Chimamanda Ngozi Adichie a suivi une partie de sa scolarité aux États-Unis, à l’instar d’Ifemelu dans le roman, étudiant entre autres la communication et la littérature. Elle a reçu le Commonwealth Writers’ Prize en 2005, le Orange Prize for Fiction en 2007 ainsi le prix MacArthur en 2008. En plus des doctorats honoraris causa qu’elle reçoit, elle est listée en 2010 par le New York Times parmi les « 20 auteurs de moins de 40 ans à suivre » et en 2017, elle est élue par Fortune Magazine comme l’une des 50 leaders du monde. Lors de la publication d’Americanah (nom donné aux Nigérians qui reviennent des États-Unis) en 2013, le livre est sélectionné parmi les 10 meilleurs livres de l’année.

La première chose qui m’est venue à l’esprit en lisant Americanah, c’est que c’est un ouvrage dense. Pas lourd, pas ennuyeux, pas spécialement long, mais dense. Une narration compacte, avec de vrais mots qui évoquent quelque chose de précis, de tangible, et pas uniquement des mots sur du papier. Des mots qui cernent un problème, qui vont jusqu’à son coeur et qui en extraient la racine. Un livre qui met mal à l’aise, qui met le lecteur face à des comportements qu’il a forcément adapté à un moment donné, face à des paroles qu’il a forcément prononcées, des choses sur lesquelles il a forcément fermé les yeux. Ou pire encore, l’autrice à travers Ifemelu nous montre des choses qu’on aurait dû remarquer, qui ne sont pas OK, des choses qui devraient couler de source. C’est en partie pourquoi j’ai tant aimé ce livre qui remet les pendules à l’heure, parce que j’ai pu me remettre en question, et enfin voir comment certaines réactions ou paroles étaient reçues par quelqu’un de noir. Dans un passage, le personnage principal, Ifemelu, raconte que quand les gens parlent d’une femme noire, c’est presque toujours associé à l’adjectif « strong« , comme si c’était la seule chose que les femmes noires pouvaient, comme pour compenser le fait que justement, elles soient noires. Tout au long du récit, Ifemelu donnera de nombreuses anecdotes de ce genre, en expliquant pourquoi ça ne se dit pas, pourquoi il faut arrêter, et ce qui est acceptable.

Le récit ne traite pas uniquement de racisme, loin de là. Une grande part est dédiée à la vie au Nigeria (presque toute la première partie y est consacrée), mais aussi au choc culturel entre les États-Unis et le Nigeria, et à la vie en tant qu’expatrié de pays pauvres. Dans toute la première partie, on suit Ifemelu à l’université dans la ville de Lagos, on découvre son enfance et son quotidien, les difficultés qui s’accumulent, les choix qui s’offrent à elle, et puis finalement, le manque de choix et les décisions à prendre. Les chapitres portant sur son arrivée aux États-Unis ont été particulièrement durs à lire, par une narration saccadée, une atmosphère oppressante, une peur et une anxiété grandissantes. Plusieurs chapitres sont racontés de la perspective d’Obinze, le copain d’Ifemelu resté au Nigeria. Avoir les deux facettes, celui qui part et celui qui reste a été une très belle idée de l’autrice, et très bien mis en scène. L’angoisse d’Obinze, les complications auxquelles il fait face pour obtenir un visa et puis soudain, un silence radio en provenance des États-Unis. Aucune moyen de savoir ce qui est arrivé à Ifemelu, comment elle va, et surtout, le pire: aucun moyen de l’aider. Ces passages sont déchirants.

Pendant ce temps, Ifemelu fait face à un choc culturel violent, découvre soudainement le racisme et la dureté de la vie en Amérique. Personne ne l’avait prévenue, et elle comprend maintenant la perversité du mythe américain, ancré dans les croyances nigérianes. Les premiers mois sont rudes, on assiste à un personnage qui va se noyer, mais qui petit à petit reprend pied. En parallèle, on découvre d’autres personnages, venus d’autres pays (Afrique, Asie, mais aussi Amérique du Sud) et qui ont tout autant de difficultés, qui sont dans une misère profonde. Ces thèmes sont régulièrement utilisés sur le blog qu’Ifemelu crée, et qui va devenir rencontrer le succès. Plusieurs articles figurent dans le récit et sont vraiment intéressants. C’est grâce à ce blog que le personnage principal prend conscience que le Nigeria lui manque et qu’elle aimerait y retourner. C’est dans la dernière partie que son retour est décrit, et tout ce qui avec, notamment ses retrouvailles avec Obinze, maintenant marié et riche.

Un roman plus qu’intéressant et captivant, avec une écriture vraie et agréable, donnant un poid et une profondeur au récit que je n’aurais pas soupçonné avant ma lecture. J’ai été ravie de l’avoir lu, et je ne peux que le recommander ! Pour ma part, je pense lire Autour de ton cou assez rapidement, et ses autres romans ensuite.

Ifemelu wanted, suddenly and desperately, to be from the country of people who gave and not those who received, to be one of those who had and could therefore bask in the grace of having given, to be among those who could afford copious pity and empathy.

Americanah

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