Une joie féroce – Sorj Chalandon

« Jeanne est une femme formidable. Tout le monde l’aime, Jeanne. Libraire, on l’apprécie parce qu’elle écoute et parle peu. Elle a peur de déranger la vie. Pudique, transparente, elle fait du bien aux autres sans rien exiger d’eux. A l’image de Matt, son mari, dont elle connaît chaque regard sans qu’il ne se soit jamais préoccupé du sien. Jeanne bien élevée, polie par l’épreuve, qui demande pardon à tous et salue jusqu’aux réverbères. Jeanne, qui a passé ses jours à s’excuser est brusquement frappée par le mal. «  Il y a quelque chose  », lui a dit le médecin en découvrant ses examens médicaux. Quelque chose. Pauvre mot. Stupéfaction. Et autour d’elle, tout se fane. Son mari, les autres, sa vie d’avant. En guerre contre ce qui la ronge, elle va prendre les armes. Jamais elle ne s’en serait crue capable. Elle était résignée, la voilà résistante. Jeanne ne murmure plus, ne sourit plus en écoutant les autres. Elle se dresse, gueule, griffe, se bat comme une furie. Elle s’éprend de liberté. Elle découvre l’urgence de vivre, l’insoumission, l’illégalité, le bonheur interdit, une ivresse qu’elle ne soupçonnait pas. Avec Brigitte la flamboyante, Assia l’écorchée et l’étrange Mélody, trois amies d’affliction, Jeanne la rebelle va détruire le pavillon des cancéreux et élever une joyeuse citadelle. »


Emprunté à Élisa après un exposé convaincant, j’ai beaucoup aimé cette lecture. C’était techniquement la première fois que je lisais un ouvrage de Sorj Chalandon, même si j’ai lu une adaptation BD de Mon traître il y a quelques jours. Je ne m’attendais pas à être aussi séduite !

J’ai commencé cette lecture avec peu d’attente, curieuse seulement de l’histoire de ces quatre femmes touchées par la maladie, qui ont tout perdu, mais qui continuent à lever le menton. Curieuse de rencontrer ces femmes, toutes mères à un moment de leur histoire, ayant toutes perdu leur enfant. Et curieuse de lire le cambriolage qu’elles organisent, afin de libérer la fille de Mélody, enlevée par des Russes.

Une plume douce, au service du récit, sans forcer une histoire invraisemblable. Une écriture qui brosse les portraits de quatre femmes plus solides que le roc, chacune avec son propre moteur, sa propre raison de s’accrocher, mais sans verser dans le pathos. Il est agréable d’apprendre à connaître chacune d’elles, de découvrir les parcours différents, les choix de vie. Et pourtant elles en sont au même point, chacune avec un « camélia » dans le corps, selon le bel euphémisme de Jeanne. En habitant ensemble, en partageant l’épreuve de la chimio, elles vont construire un lien fort et chacune va finir par déteindre sur les autres.

Jeanne va s’endurcir, révéler un caractère propre au fil du livre, puisant dans la colère d’Assia, dans la force de Brigitte et dans la vulnérabilité de Mélody. Avant cette épreuve, avant de rencontrer les filles du club K, elle ne s’affirmait pas, se laissait marcher sur les pieds, par son mari en premier. Depuis la mort de son fils, elle n’avait plus la volonté de se battre, sans parler de la force. Au début un tantinet énervante, tellement en semble s’apitoyer sur son sort et se considérer comme la pauvre victime, elle va finir par reprendre des couleurs et faire des choix plus assurés. Au-delà d’un personnage peut-être pas aussi flamboyants que les trois autres, Jeanne représente probablement un bon nombre de femmes touchées par le cancer du sein, d’abord abbattue, accablée, désespérée, perdue, puis résignée, vaillante. Qui de nous pourrait immédiatement accueillir cette nouvelle comme une reine, comme une guerrière ?

En plus de la chimio et de cette bataille contre leur camélia, ces quatres femmes organisent le cambriolage d’une bijouterie, afin de récupérer la fille de Mélody, kidnappée par son ex-compagnon. La moitié du livre y est consacrée, de la préparation minutieuse au grand jour. Jusqu’au dernier moment, je n’ai pas réussi à lâcher le livre, me demandant comment le récit allait s’achever. De retournements en surprises, je n’ai pas été déçue !

C’est un roman que je ne peux que conseiller, avec plusieurs thèmes abordés, un sujet important et difficile, mais aussi plein de renversements de situations et surtout, une très très belle écriture !

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