Cadavre Exquis – Agustina Bazterrica

« Un virus a fait disparaître la quasi-totalité des animaux de la surface de la Terre. Pour pallier la pénurie de viande, des scientifiques ont créé une nouvelle race, à partir de génomes humains, qui servira de bétail pour la consommation. Ce roman est l’histoire d’un homme qui travaille dans un abattoir et ressent un beau jour un trouble pour une femelle de «?première génération?» reçue en cadeau. Il est irrésistiblement attiré par elle, même si tout contact inapproprié avec ce qui est considéré comme un animal d’élevage est passible de la peine de mort. À l’insu de tous, il va peu à peu la traiter comme un être humain. »


Brutal. C’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit quand j’ai refermé ce livre. La couverture m’avait intriguée, tout comme le résumé. Je m’attendais à un ouvrage plutôt tourné vers le comique, avec une histoire romantique qui transgresse les règles de la société et se termine par l’amour qui triomphe des épreuves. Je n’aurais jamais, jamais pu me tromper autant ! Ce livre est tout sauf une histoire d’amour, c’est une énorme claque.

L’histoire commence presque normalement, un gars travaillant dans un abattoir. Jusque-là, rien de bien extraordinaire. Si comme moi, vous avez lu la quatrième de couverture, vous savez déjà de quel type d’abattoir il s’agit, mais cela n’enlève rien à l’atmosphère générale et au choc ressenti. Peu à peu, un sentiment de malaise s’infiltre. Le narrateur semble être le seul à trouver révoltant et repoussant de manger des être humains, peu importe le nombre de manipulations génétiques dont ils ont fait l’objet. À de nombreuses reprises, il s’interroge sur la véracité du virus qui a touché les animaux mais aussi sur la propension de ses pairs à s’accomoder de ce changement fondamental de la société. Il soulève des points intéressants, comme le simple fait d’adapter le language des bouchers qui va tout changer pour les consommateurs. On dit souvent que les mots ont un pouvoir mais j’ai été choquée de de mesurer à quel point c’était vrai dans ce livre.

Le rythme était relativement rapide, avec peu de place pour s’apitoyement sur le sort de la « viande », des « têtes » comme elles sont nommées. Le récit est clair, précis, raconté de manière distante et chirurgicale, surtout les scènes qui se déroulent dans l’abattoir. Les sentiments n’ont pas leur place ici.

On note un parrallèle évident entre l’exploitation d’êtres humains et celui d’animaux, pour satisfaire les besoins carnivores de la population, mais pour autant, aucune propagande. Une des comparaisons qui m’a le plus donné matière à réflexion c’est les « têtes » à qui on coupait la langue dès leur plus jeune âge, afin de les garder sous contrôle plus facilement. Il leur est alors impossible de communiquer… Tout comme les animaux. À partir de là, je me suis posée de nombreuses questions : comment est-ce que la consommation de viande « spéciale » a pu être banalisée ? Est-ce qu’un changement de vocabulaire a suffit ? Peut-on continue à traiter les animaux de cette façon ? Comment peut-on changer notre agriculture ? Où s’arrête l’élevage et où commence la torture ?

Ce roman est une petite bombe, une claque nécessaire pour se pousser à la réflexion, peu importe son régime alimentaire !

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