Surf – Frédéric Boudet

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 « À Adam, de retour pour les vacances, Brest n’a pas grand-chose à dire. Toujours au loin les grues du port, plus près, entre les toits des maisons, le même morceau d’océan, plus près encore le pavillon familial en un décor inchangé, avec au centre cette drôle de licorne maternelle, en manteau gris cintré, échappée de son zoo mental. Ici, il faudra fuir les heures qui se trainent, comme Adam sèche les cours de son école de graphisme, comme la vie se débrouille sans enthousiasme. Hors cadre, pourtant il y a des braises sonores sous les cendres. Emballé dans du plastique, un paquet de lettres fait résonner la voix de son père volatilisé et bel et bien définitivement disparu. L’ami télépathe, Jack-Nathan, ce géant de deux mètres, qui derrière ses Ray-Ban traque ces pauvres canards de surfeurs, avant de bouffer du sable et de s’évader de nouveau, exhorte Adam à arrêter de confesser les pop-corn et à se tirer loin de son petit enfer de grâce et d’oubli. Et il y a la vie enregistrée en sa plus infime sonorité déglinguée par Aeka, aussi furieusement allumée que Jack, les mots brûlants de Katel, les bouffées d’enfance. Tout parle en fait. Maintenant, c’est à Adam de raconter. »


Deuxième roman de la collection Grande Polynie que je lis, et encore une fois, je suis tombée sous le charme de la narration. Un roman plein d’émotions à un âge charnière, abordant différents thèmes de façon naturelle et touchante. C’est aussi un roman déroutant, un peu collant, inquiétant par moment. Mais par-dessus tout, j’ai ressenti à chaque page la solitude d’Adam. Bien qu’entouré de Jack-Nathan ou de Katel, il reste seul à traverser cette épreuve, si distant de sa mère qu’il en vient à redouter de lui parler. Seul aussi face à son ami, qui glisse dans la folie et qu’il est le seul à comprendre. Seul face à la vie, perdu à Paris, sans réussir à communiquer avec sa mère, un gouffre se creuse jour après jour.

Dans ce roman, tout commence par le retour d’Adam à Brest, la ville où il a grandi, pendant les vacances scolaires. Étudiant à Paris, il a fini par abandonner son cursus, sans raison particulière, mais ne trouvant pas le courage de l’annoncer à sa mère. À son arrivée, sa belle-mère lui apprend une mauvaise nouvelle: son père, avec lequel il n’a pas eu de contact depuis longtemps, est décédé. Elle lui fait parvenir quelques lettres et l’invite à venir passer quelques jours aux USA, là où il habitait. Le traitement des émotions d’Adam m’a soufflée, tellement il sonnait juste. D’abord perplexe, peu touché car les souvenirs sont lointains et la relation entre eux inexistante, le jeune homme se met ensuite en colère contre ce père, qui l’a abandonné pour poursuivre sa carrière sur un continent différent, auprès d’une autre femme que sa mère. Il ouvre la première lettre par curiosité, avant de se rendre compte qu’entre les souvenirs qu’il a et ceux que son père a ressassé pendant des années, il y a un monde. Pendant une bonne partie de l’histoire, Adam va tout simplement refuser d’ouvrir les lettres restantes. Pour repousser le moment où il devra accepter qu’il ne reverra jamais ce père ? Pour ne garder que des bons souvenirs ? Pour gagner du temps avant de prévenir sa mère, que son ex-mari est mort ? Les possiblités sont nombreuses, toutes plus émouvante les unes que les autres, face à ce jeune homme à peine sorti de l’adolescence.

Un grand pan de l’histoire est tourné vers l’amitié, vers la relation un peu étrange qui unit Nathan-Jack et Adam. Ce dernier est une des rares personnes capable de calmer Jack lors de crises, mais surtout, c’est une des rares personnes à le comprendre. Des dialogues sans queue ni tête, donnant un côté loufoque et tendre au roman, qui traduisent parfaitement le malaise que les deux garçons ressentent face aux attentes de la société. Sa transposition sur les bruits est plutôt ingénieuse, et je n’ai eu aucun mal à m’imaginer ces bandes-sons, enregistrées par Nathan-Jack et Aeka. La ville et la nuit jouent un rôle important dans le développement de l’histoire, presque comme si elles étaient des personnages à elles seules, physiquement présentes dans le roman, enracinées dans les souvenirs des deux garçons. Malgré leur longue amitié, Jack et Adam ont parfois un petit peu de mal à trouver du réconfort l’un dans l’autre, car leur monde sont diamétralement opposé, et même s’ils essaient de se soutenir du mieux qu’ils le peuvent, ils doivent souvent se débrouiller seuls.

J’ai profondément aimé l’écriture, qui s’est transformée tout au long du roman, à la fois tendre, poétique ou énigmatique. Le personnage de Jack m’a fascinée, car même s’il est décrit comme quelqu’un de psychologiquement malade, il reste un roc pour Adam et il est un des personnages les plus libres qu’il m’ait été donné de voir, s’étant affranchi du regard de l’autre jusqu’au bout. De questionnements en coups de colère, de tragédies en grande complicité, c’est un roman fort, qui m’a beaucoup émue.

Alise 🐢

Je remercie les Éditions MeMo d’avoir mis ce livre à ma disposition. Mon avis n’est en aucun cas influencé par cet envoi !

Ma liseuse ne faisant pas justice à la magnifique couverture illustrée par Brecht Evens, je vous remet l’image ici, juste pour le plaisir des yeux !

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