Nord Perdu – Nancy Huston

« Nancy Huston, Canadienne anglophone, vit à Paris depuis de nombreuses années et compose une oeuvre qu’elle écrit en français ou en anglais et qu’elle traduit elle-même dans l’autre langue. C’est dire si elle connaît de l’intérieur le profond sentiment de trouble qui naît de la situation d’exilé – d’un pays, d’une langue. Nord perdu propose une réflexion, que l’auteur illustre de son expérience et de ses lectures, sur la difficile – et parfois douloureuse – perception de soi à laquelle est confronté tout expatrié : ni enraciné, ni déraciné, multiple à jamais, mais en perpétuelle quête d’identité, à la recherche d’un point de repère, son « Nord perdu ».
Douze France est un portrait ludique et amoureux en douze tableaux, des plus sympathiques aux plus agaçants, du pays d’élection de la romancière. »


La librairie dans laquelle j’ai fait mon stage a fêté ses 15 ans pendant que j’y était. A cette occasion, l’autrice Nancy Huston est venue faire une lecture et présenter son nouveau roman, Lèvres de pierres. Je connaissais seulement Dolce Agonia, que j’ai adoré, c’était l’occassion de découvrir quelque chose d’autre. En compulsant les différents ouvrages que Nancy Huston a écrit, Nord Perdu m’a immédiatement sauté aux yeux.

L’autrice étant Canadienne basée en France, elle a aussi eu à s’adapter à une nouvelle langue, à une nouvelle culture, et fais sa vie loin de ses amis et sa famille. J’ai trouvé peu d’ouvrages sur le thème de l’expatration, et sur ce que rencontrent les expatriés, et surtout, je n’ai jamais vu de livre où cette relation si spéciale entretenue avec une langue d’adoption était appronfondie.

Dès les premières pages, j’ai eu l’impression de lire ma vie, qu’enfin! quelqu’un me comprenait, que je n’étais pas seule. Dans mon entourage, je n’ai personne qui traverse la même chose, qui a changé de pays pour une durée indéterminée -probablement pour bien longtemps. C’est très différent de vivre dans un pays, et de faire un échange universitaire, comme Erasmus. Vivre quelque part, c’est permanent, avec des projets à longs terme, avoir une seule adresse, tous ses vêtements au même endroit, un compte en banque et une ligne téléphonique. C’est poser ses valises et les ranger au grenier, parce qu’on ne sait pas quand on en aura besoin la prochaine fois.

Dans cet essaie – cette biographie – ce roman, Nancy Huston décrit avec tellement de réalisme la relation d’un étranger à son pays d’adoption, une relation pleine d’amour, mais aussi de questions, d’admiration et de comparaisons avec son pays d’origine. Elle évoque les petits bonheur linguistiques, la possibilité de jouer avec cette nouvelle langue, de se créer une sorte de deuxième personnalité. Elle évoque aussi le changement. Non pas celui qui survient lorsqu’on passe d’un pays à un autre, mais plus le changement qui survient forcément quand on grandit et évolue loin de ses racines. Comment la famille nous perçoit (et comment nous la percevons), comment les amitiés si fortes perdent de leur pouvoir, mais aussi comment on se rend compte, souvent brutalement, de tout ce qui nous sépare de notre vie d’avant. Elle raconte les difficultés à se concentrer tard le soir dans une autre langue (qui restera toujours un peu étrangère), comment la langue maternelle se retrouver marquée, presque chassée par une nouvelle langue; comment on ne sait pas raconter les choses d’ici à ceux qui sont là-bas; comment on part avec l’idée que rien ne changera jusqu’à notre prochaine visite. Toutes ces petites choses qui sont censées former le socle d’une vie pour qu’on puisse continuer à grandir, mais qui sont inutilisables, si on n’a personne avec qui les partager quotidiennement.

Dans une langue très poétique, Nancy Huston nous livre son parcours, ce qu’elle retire de toutes ses années passées en France, sans jamais s’apitoyer, avec de belles anecdotes. C’est un livre qui m’a émue aux larmes, que j’ai envie d’offrir à tout mon entourage et leur dire « Regardez, voilà, c’est ça, vous me comprenez maintenant ? ». Même si l’on n’est pas concerné par l’expatriation, ça reste un ouvrage d’une beauté folle, qui fait sourire, qui fait réfléchir, et qui donne envie de vivre.

Alise 🐢

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