Bakhita – Véronique Olmi

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« Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres. Bakhita est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte. Avec une rare puissance d’évocation, Véronique Olmi en restitue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d’âme dont la source cachée puise au souvenir de sa petite enfance avant qu’elle soit razziée. »


J’ai enfin fini par lire ce roman, que j’avais vu partout, des les journaux à la télé, en passant par la radio et Instagram ! Au vu du nombre de prix que ce roman a reçu, j’étais un peu effrayé d’être déçue, et que ce ne soit « qu’un phénomène », mais heureusement il n’en est rien. Magnifique, une narration pleine de douceur malgré la violence de la vie de Bakhita

J’ai mis assez longtemps à lire ce livre -comparé à mon rythme habituel- car la densité, le sujet abordé m’ont demandés de fréquentes pauses. Cette vie, vécue, réelle, semble déjà trop dure à lire en une fois, à imaginer, à appréhender pour le lecteur, il semble presque impossible qu’une femme ait eu à vivre cela à elle seule. Ce récit donne à réfléchir, à revenir un peu plus sur le passé, sur un passé que les Européens ont parfois du mal à évoquer, à ressusciter, s’en délestant parfois un peu trop facilement.

Ce que j’ai le plus apprécié dans ce roman, c’est la biographie de Bakhita, probablement romancé, mais qui ne doit pas être si éloigné de ce qu’on vécu la plupart des esclaves de son époque. La plongée dans les pensées de Bakhita, qui se rend compte au fur et à mesure de cet ouvrage qu’il n’y a pas plus d’échappatoires que de tranquillité et de calme pour une personne de couleur comme elle, est saisissante. Cette femme n’a pas les mots pour s’exprimer, elle n’a jamais appris de nouvelle langue, et a décidé de garder pour elle les mots de sa langue maternelle, pour conserver quelque chose à elle qui ne puisse être soumis à quelqu’un, cette langue-là, elle va finir par l’oublier. Enlevée si jeune à son village, et brinquebalée à droite et à gauche, soumise à des familles de différentes origines, elle apprend tant bien que mal à comprendre ses patrons,. N’ayant l’occasion ou le droit de parler, elle ne retient que certains mots, certaines phrases. Ce patchwork de langues la rend encore plus touchante, et m’a profondément émue. C’est terrible de ne pas pouvoir, de ne pas savoir s’exprimer !

Véronique Olmi, avec son choix de mots nous livre l’histoire de Bakhita avec une force incroyable. Loin d’ériger Bakhita en martyr ou de la mettre sur un piédestal, elle dessine le portrait d’une femme forte, au mental puissant qui lutte de toutes ses forces pour ne pas mourir, qui continue à résister dans sa tête. Le dur parcours et les émotions sont narrés de façon juste avec beaucoup de vocabulaire et de nombreuses comparaisons qui aident le lecteur à se figurer les longues marches dans le désert. Le quotidien est décrit de façon très réaliste et plus d’une fois j’ai eu l’impression que c’est moi qui avait été battue, en même temps que Bakhita.

Ne connaissant pas du tout le parcours de cette femme avant d’ouvrir ce livre, j’ai découvert pendant ma lecture que c’était une personne ayant réellement existé, accentuant la gravité du récit. A chaque fois que je la pensais sauvée, ou que la vie lui donnait un répit, je soufflais, mais à chaque fois un nouveau drame survenait, face auquel Bakhita réagissait en reine, en femme habitué à ne jamais se reposer complètement. A la fin de cette lecture, j’ai réalisé que même en pensant bien faire pour alléger la peine d’une (ancienne) esclave, les hommes qui ont successivement pris une décision à sa place n’ont fait qu’alourdir son fardeau d’une façon ou d’une autre.

Il a parfois été dur de lire à quel point les hommes peuvent être cruels et méchants, juste pour le plaisir d’asservir quelqu’un, de voir que même les hommes bons changent facilement. J’ai également trouvé très intéressant d’observer comment l’Eglise réagissait. J’étais déjà bien au courant de sa position sur l’esclavagisme, mais ici, ce pouvoir centenaire incarné par des hommes de chair et d’os, à quelques mètres de Bakhita, quelle position vont-ils adopter ?

J’ai adoré lire ce livre, qui a comblé à la fois ma faim de mots, mais qui m’a occupée psychologiquement aussi. Plusieurs fois par jour, il m’est arrivé d’y repenser, de comprendre un élément rétroactivement, de voir certains parallèles, ou tout simplement de me remémorer quelques phrases, juste pour savourer leur belle structure. A lire !

Alise 🐢

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