L’archipel du chien – Philippe Claudel

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« Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que quelque chose allait se produire. Ce fut déjà et cela dès l’aube une chaleur oppressante, sans brise aucune. L’air semblait s’être solidifié autour de l’île, dans une transparence compacte et gélatineuse qui déformait ça et là l’horizon quand il ne l’effaçait pas : l’île flottait au milieu de nulle part. Le Brau luisait de reflets de meringue. 
Les laves noires à nu en haut des vignes et des vergers frémissaient comme si soudain elles redevenaient liquides. Les maisons très vite se trouvèrent gorgées d’une haleine éreintante qui épuisa les corps comme les esprits. On ne pouvait y jouir d’aucune fraîcheur. Puis il y eut une odeur, presque imperceptible au début, à propos de laquelle on aurait pu se dire qu’on l’avait rêvée, ou qu’elle émanait des êtres, de leur peau, de leur bouche, de leurs vêtements ou de leurs intérieurs. 
Mais d’heure en heure l’odeur s’affirma. Elle s’installa d’une façon discrète, pour tout dire clandestine ».


J’avais craqué sur ce livre à cause de sa couverture, qui m’a impressionnée, et mon père a fini par me l’offrir ! J’ai adoré la matière dans laquelle la couverture est taillée, et la finesse des détails.Le résumé m’a également saisie, j’étais plutôt impatiente de commencer ma lecture.

Malheureusement, je suis passée un peu à côté de ce roman, à ma grande déception. La narration est assez lente, non pas que cela me gêne, mais ici j’ai eu l’impression que c’était au lecteur de tirer l’histoire, de continuer à lire pour forcer le récit pour que cela avance enfin. Je n’ai pas non plus retrouvé le style du résumé: j’attendais quelque chose avec du suspense, une escalade jusqu’à la fin, où le dénouement nous clouerait sur place. Ce n’était pas du tout le cas, car de dénouement, il n’y en a presque pas. Toujours pas d’explications claires sur cette odeur, même si plusieurs réponses sont sous-entendues. Il faut aussi noter qu’il est difficile de s’identifier aux personnages, de les comprendre, de les prendre en pitié, car ils ne sont tous nommés que par leur fonction: le Maire, le Curé, l’Instituteur, le Docteur, le Commissaire… Des personnes censées représenter l’ordre, la justice, diriger les populations, et qui sont en fait tous plus pourris les uns que les autres. Le seul qui semble avoir une once d’humanité est l’Instituteur, probablement car sa famille est mentionnée régulièrement.

Le thème du roman est assez flou également: la société, les hommes de pouvoir, les migrants, l’étranger pris comme cible ? J’ai été déçue de voir qu’aucun de ces sujets n’était proprement exploré, c’est-à-dire plus qu’en surface. Il n’y avait pas non plus d’approche originale ou nouvelle; à plusieurs reprises j’ai vu de fortes ressemblances avec La visite de la vieille dame, de Dürenmatt.

Malgré une déception sur le contenu, j’ai quand même trouvé beaucoup de points positifs. Il y a plusieurs rebondissements intéressants et inattendus, et deux ou trois passages superbes, comme l’épisode de la pêche au thon. Du début à la fin, la narration de Philippe Claudel nous entraîne avec un vocabulaire riche et varié, et un très grand nombre d’adjectifs, qui donnent une saveur bien spéciale à ce roman. Le décor est bien planté, et n’a rien à voir avec du carton-pâte, rendant tout cela vivant. L’île apparaît réellement inhospitalière et lugubre, cadrant bien avec le genre de ce roman.

On peut aussi noter une tentative de transformer ce roman en policier, avec l’apparition d’un soi-disant enquêteur (qui ne m’a pas convaincue) et avec les recherches de l’Instituteur. Recherches passionnantes et incongrues, mais qui font sens, et dont on a très envie de découvrir les résultats. C’est un ouvrage qui pourrait aussi probablement être étudié en classe, grâce à toutes les paraboles, mais aussi grâce à toutes les choses suggérées, qui apparaissent évidentes aux adultes au fait de l’actualité, mais qui le sont peut-être moins à des collégiens/lycéens.

Je lirais sans doutes d’autres romans de Philippe Claudel, car j’ai entendu de nombreux éloges à son égard, et je ne veux pas rester sur cette déception. Je vous laisse avec des détails de la magnifique couverture !

Alise 🐢

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