Abraham et fils – Martin Wickler

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«Ils avaient voyagé dans une Dauphine jaune à immatriculation temporaire, à la portière avant gauche d’une teinte un peu différente, et qui faisait beaucoup de bruit. La voici qui émerge de la rue Royale et roule en pétaradant sur la Grand-Place, et c’est un événement ; à l’époque tout le monde se connaît par ici, et une voiture qui ne dit rien à personne et s’arrête juste devant le monument aux morts, ça attire l’attention.»
Printemps 1963, Tilliers-en-Beauce. Abraham, médecin rapatrié d’Algérie, cherche du travail. Son fils Franz n’a pas dix ans et aucun souvenir de leur vie passée. Ensemble et séparément, ils vont découvrir la France du Général, de la télévision d’État, du Canard enchaîné, des commémorations et des secrets empoussiérés.


« J’ai réfléchi à ce que je pourrais t’offrir, et puis je me suis dit: A sa place, j’aimerais qu’on m’offre des livres » C’est sur ces mots que ma meilleure amie m’a tendu ce livre. Je me suis beaucoup réjouie avant de le commencer, car j’avais déjà lu Le Choeur des femmes du même auteur, que j’avais bien aimé. Le genre semblait tout à fait différent, j’ai trouvé ça très intriguant, car Martin Winckler est un médecin, tenant et participant à plusieurs blogs concernant des sujets de santé.

Quand j’ai enfin commencé ce roman, je n’ai plus pu le lâcher. En moins de trois jours je l’avais lu, et j’ai dû le refermer à mon grand regret. Je l’ai adoré dès le début, il m’a beaucoup fait penser aux Club des Incorrigibles optimistes, de Jean-Michel Guenassia, mon livre préféré. Il n’y a pas vraiment de rapport flagrant entre ces livres, mais ils sont tous les deux assez tranquilles dans leur développement, raconté par des garçons agés d’une dizaine d’années, avec une description très riche, des relations entre les personnages dépeints avec une belle force littéraire.

On découvre page à page la raison pour laquelle Abraham et Franz se sont retrouvé au fin fond de la France, et même si on s’en doute un peu, l’intérêt n’est pas de savoir exactement pourquoi ils sont partis, mais de voir ces deux personnages évoluer l’un par rapport à l’autre, de voir se développer cette relation père-fils, emplie d’amour, mais dont le passé est raconté avec pudeur par le père, pour protéger son fils le plus longtemps possible. On voit le fils, qui a compris beaucoup plus de choses qu’il ne le pense, mais qui ne veut pas en parler à son père, pour ne pas le rendre triste. La considération et l’instinct de protection qu’ont ces deux personnes l’une pour l’autre, sont racontés d’une façon bluffante, ce lien qui transparaît à chaque page, jusque dans les moindres détails m’a émue.

Grâce à son talent, son écoute, sa perspicacité, Abraham est accueilli à bras ouverts dans le petit village de Tilliers, et étant écrasé de travail par le cabinet médical qu’il a repris, il engage Mme Claire Délisse, une jeune veuve pour tenir la maison et veiller sur Franz. Très vite, Claire et sa fille Luciane vont s’installer dans la grande maison, et ils vont former un semblant de famille, où l’accent est mis sur les petits bonheurs quotidiens: un repas tous ensemble dans le jardin, une balançoire qu’on suspend au portique après l’avoir nettoyé, la découverte de la bibliothèque, le cinéma dominical…

Pour autant, Franz, qui lit des albums de bandes-dessinées à longueur de journée, se sent l’âme d’un aventurier. Il décide de fouiller l’immense demeure de fond en comble, car l’histoire de cette maison est devenue légende. De nombreux greniers, une cave, un passage secret qui mène à une chapelle, des conduits étranges, des chambres qui communiquent… Un terrain d’exploration excitant pour un garçon de dix ans ! En plus de ces recherches en solitaires, Franz a deux bons amis avec qui il échafaude des plans pour se débarrasser de Gérald, un grand qui l’ennuie et attend toujours une bonne occasion de lui filer une raclée.

Il est difficile de résumer et de parler d’un livre de ce genre, car le narrateur est très surprenant, et c’est lui également qui donne du charme à ce roman. De fait, on suit Franz et Abraham aux travers d’une myriade de moments, pas toujours chronologique, mais plutôt axés sur des moments particuliers, des sentiments ou des questions – pour le moins inhabituelle – que pose le petit garçon. Loin d’être niais, Franz nous montre la vie sous différents angles, et l’expression « voir à travers ses yeux » n’a jamais été plus vraie. C’est un des livres que j’ai lu qui s’y prêtait le mieux.

De belles surprises attendent le lecteur dans ce roman émouvant, qui se dévore d’une traite !

Alise 🐢

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