Les accoucheuses – Anne-Marie Sicotte

« La Fierté Faubourg Sainte-Anne, Montréal, 1845. À seize ans, Flavie entreprend ainsi l’apprentissage du métier d’accoucheuse auprès de Léonie, sa mère, qui caresse d’audacieux projets : la fondation d’un refuge pour femmes enceintes démunies et celle d’une école de sages-femmes. Les membres du clergé se méfient comme de la peste de l’esprit d’entreprise de Léonie et de ses collègues. De leur côté, les médecins engagent une lutte de pouvoir afin de ravir leur clientèle aux sages-femmes. Séparés par un large fossé, les univers masculin et féminin ne se rejoindront qu’au moyen de trop fragiles passerelles, celles du respect et de l’amour.

La Révolte Dans ce deuxième tome, la lutte est de plus en plus âpre entre accoucheuses et hommes de l’art, entre dames patronnesses et hommes de robe. Maintenant mariée à un médecin, Flavie entreprend une quête qui se révèlera fort ardue, celle de son bonheur tant conjugal que professionnel. Au milieu du XIXe siècle, dans un contexte où le règne tyrannique de la pudeur se consolide, les mentalités refusent une telle hardiesse au  » sexe faible « . Flavie et Léonie refusent de sacrifier leur joie de vivre et leur métier sur l’autel des dévotions. Dans un monde marqué par des tensions sociales très vives, leur destin s’inscrit dans la trame des bouleversements du début des temps modernes.

La Déroute Pendant que Léonie désespère de réussir à assurer la pérennité d’un savoir ancien trop souvent tourné en ridicule, sa fille Flavie est prête à tout pour s’affranchir des conventions qui constituent une entrave aux ambitions des femmes et à leur liberté d’action. Le groupe des hommes de l’art cherche avant tout à favoriser l’essor d’une science obstétricale naissante. Les fières accoucheuses auront donc à affronter un ennemi aussi puissant qu’insaisissable, une opinion publique qui s’accroche à un idéal de vertu et de bienséance, une morale victorienne triomphante. »


Trilogie enfin terminée! Un bonheur à lire ! J’ai rarement rencontré des livres qui m’ont passionné autant, du point de vue du sujet et de la façon dont il est traité. Ici, le cœur de l’histoire est l’égalité homme-femme, et il est traité sous différentes formes. On voit la place des femmes dans la société canadienne durant le XIXème siècle, une lutte pour l’accès à l’éducation et à une formation digne de ce nom pour accéder à un métier, une lutte pour un salaire égal, pour une reconnaissance du travail effectué, une lutte pour la contraception, pour l’émancipation religieuse,et tant d’autres luttes et de combats quasiment perdus d’avance pour les femmes.

Malgré tout, ce roman n’est pas politique, pas manifestant non plus, on suit simplement le quotidien d’une famille menée par Léonie, et secondée dans son métier et ses combats par sa fille aînée, Flavie. On voit les intimidations et les humiliations auxquelles ces deux femmes ont droit, et la force de caractère dont elles font preuve pour passer au-dessus, pour tenter d’être the bigger person. Et c’est là que je lève mon chapeau à l’auteure pour ne pas avoir fait des personnages féminins de ce roman des martyres, puisqu’on les voit également prendre des déçisions peu malignes, on les voit répondre de façon totalement disproportionnée, inadaptée, inconsciente même des fois.

J’ai énormément apprécié l’arrière-plan du roman, il y a un vrai travail de recherche je pense, pour placer l’histoire dans un cadre historique, politique, spirituel, architectural, poussant le détail jusque dans la l’utilisation de la langue, le vestimentaire et les codes sociétaux en vigueur. J’ai été bluffée par la quantité d’informations et leur mise en valeur au sein du roman.

Chacun des livres de la trilogie est intéressant et après la lecture, je me rend compte que les titres sont très justes. Dans le premier roman, tout est frais et neuf, on se laisse porter par l’enthousiasme du projet de la forte et fougueuse Léonie, on accompagne la téméraire Flavie sur les chemins qui mènent à l’âge adulte, on écoute les inquiétudes et réticences du sage Simon, on apprends avec les étudiants en médecine et les apprenties sages-femmes, on rentre dans le cercle fermé de la bourgeoisie… On découvre Montréal sous toutes ses coutures! Dans le second tome, l’auteure s’est accrochée aux côtés de Flavie, qui n’arrive pas à accepter les injustices flagrantes entre les hommes et les femmes. Ici, j’ai serré les dents et les poings, j’ai eu la rage au cœur, j’ai eu mille fois envie de jeter le livre à l’autre bout de la pièce, tellement les interdictions faites à Flavie à cause de son sexe étaient criantes d’injustice. J’ai bel et bien réalisé que beaucoup de problèmes sont encore présents et que seulement quelques avancées ont été faites en 200 ans. Néanmoins, la lecture du parcours de Flavie a été éprouvante, j’ai pensé perdre ma raison à plusieurs reprises, ça ne m’était jamais arrivée, en lecture. Afin de fuir toute cette pression, Flavie se retrouve dans le troisième et dernier opus au sein d’une communauté religieuse un oeu spéciale. J’ai été un peu moins fan de ces passages-là, mais ils étaient pourtant instructifs et essentiels dans la démarche de la jeune fille pour trouver un monde libéré du carcan de la religion et de la morale bourgeoise. Léonie fait aussi partie de ce refuge et on peut suivre à travers les différents tomes son évolution, son avancée dans la vie. Elle semble plus marquée et lasse de se battre, surtout que nous sommes ici contraints de dire au revoir à des personnages emblématiques et attachants.

La fin de la trilogie est très agréable, car sans être un happy ending, sans proposer une solution idyllique ou démoniaque, on quitte les protagonistes sur un moment émouvant, en ayant la conviction qu’ils ont trouvé un équilibre. J’ai refermé la saga de cette famille avec un petit pincement au cœur, un sourire, mais contente d’avoir fait le chemin en leur compagnie ! 🙂

Alise 🐢

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