La servante écarlate – Margaret Atwood

« Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté. Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s’est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n’est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n’a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés. »


Il y a quelques mois, l’actrice Emma Watson a posté sur son groupe Goodreads Our shared shelf ce livre, qu’on voit depuis partout. Il a soudainement rencontré un tel engouement qu’une série est sortie. L’ayant trouvé à la bibliothèque je l’ai initialement commencé en anglais (la version originale, patati-patata) mais je me suis malheureusement un peu surestimée, et je l’ai lamentablement échangé quelques jours plus tard pour la traduction française, effectuée par Sylviane Rué.

Il n’en reste pas moins aussi bien en français, et surtout, très dérangeant. J’ai eu un peu de mal au début avec la narration, je ne comprenais pas où voulais en venir Defred, mais tout s’est éclairé assez rapidement, et j’ai suivi patiemment le déroulé de son quotidien, les écarts aux lois qu’elle s’accorde, les cérémonies obligatoires, les rappels à l’ordre violents du gouvernement, sa relation avec les autres membres de la maisonnée. Defred alterne entre le récit de sa vie présente et le récit de son passé, de fait qu’on finit par avoir tous les éléments en mains pour comprendre exactement ce qui s’est passé,  et surtout, comme ce régime marche. L’utilisation de la femme dans ce récit est particulièrement dérangeante, car elle fait appel à des choses vues et des phrases entendues quotidiennement. Il semblerait qu’il suffise seulement d’un pas pour qu’on passe de la fiction à la réalité…

A la fin du journal de Defred, un colloque est retranscrit, ayant lieu des années après la république de Gilead et débattant sur le matériel qu’est le récit de Defred. On y découvre des historiens étudiant cette république, comblant les trous de ce qui nous manquait pour comprendre totalement ce que dit Defred. J’ai trouvé que c’était là une très bonne idée, car ça laisse une porte ouverte: si cette république peut exister, elle peut aussi être renversée, et surtout cette fin nous laisse un peu d’espoir pour Defred, son sort étant incertain.

La postface de Margaret Atwood est enrichissante, car explique comment l’idée de cet ouvrage a germée. Un passage de ce qu’elle dit m’a particulièrement effrayée : « Je m’étais fixé une règle: je n’inclurais rien que l’humanité n’ait pas déjà fait ailleurs ou à une autre époque, ou pour laquelle la technologie n’existerait pas déjà. Je ne voulais pas me voir accusée de sombres inventions tordues, ou d’exagérer l’aptitude humaine à se comporter de façon déplorable. Les pendaisons en groupe, les victimes déchiquetées par la foule, les tenues propres à chaque caste et à chaque classe, les enfants volés par des régimes et remis à des officiels de haut rang, l’interdiction de l’apprentissage de la lecture, le déni du droit à la propriété: tout cela a des précédents, et une bonne partie se rencontre non pas dans d’autres cultures ou religions, mais dans la société occidentale, et au sein même de la tradition « chrétienne ». (Je met le mot « chrétienne » entre guillemets  car je suis convaincue qu’une grande part de l’attitude et de la doctrine de l’Eglise au cours de ces deux milles ans d’existence en tant qu’organisation sociale et politique aurait été odieuse aux yeux de celui d’où son nom est tiré). »

Ce livre m’a également fait penser à l’ouvrage Matin Brun, de Franck Pavloff, étudié il y a plusieurs années, un tout petit livre très rapide. Une dictature, ça commence souvent par une interdiction qui ne concerne qu’une minorité, qui ne semble pas très importante, alors on laisse passer pour être en sécurité: chez Atwood ce sont les prostituées, chez Pavloff ceux ayant eu un animal d’une autre couleur que le brun. Mais très vite tout le monde est concerné, et il est trop tard pour se révolter…

Alors en espérant que ce roman ne reste que cela: un roman !

Alise 🐢

Aux hommes tous leurs droits et rien de plus, aux femmes tous leurs droits et rien de moins [André Léo]

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